La régulation du cannabis en Suisse traverse une phase délicate. La Commission de la sécurité sociale et de la santé du Conseil national (CSSS-N) a renvoyé le projet d’initiative parlementaire Siegenthaler (20.473) à la sous-commission pour révision le 7 mai 2026. L’IG Chanvre Suisse, l’association faîtière de l’industrie suisse du cannabis, soutient cette démarche, mais insiste sur l’urgence. Chaque mois sans régulation renforce le marché noir, sans que les consommatrices et consommateurs ne bénéficient du contrôle de qualité, de la protection de la jeunesse ou de la surveillance de l’État.
📑 Inhaltsverzeichnis
Le renvoi comme mandat, non comme redémarrage
La CSSS-N a examiné les résultats de la consultation sur la Loi fédérale sur les produits du cannabis (LPC) lors de sa séance du 7 mai. En raison de nombreuses propositions de modifications, le dossier retourne à la sous-commission. Du point de vue de l’IG Chanvre, cela est justifié, mais ne doit pas aboutir à une impasse. L’initiative parlementaire 20.473 de Heinz Siegenthaler avait donné l’impulsion en 2020 pour une régulation fondée sur des preuves et pose aujourd’hui, avec les essais pilotes en cours, les bases empiriques pour une loi efficace dans la pratique.
Le message de l’association est clair : les adaptations du projet sont judicieuses pour que la proposition soit majoritaire et applicable. Tant qu’une base légale fait défaut, les consommatrices et consommateurs demeurent sans contrôle de qualité, sans protection efficace de la jeunesse et en dehors de toute surveillance de l’État. Le marché illégal est le seul bénéficiaire de cette lacune réglementaire.
Les essais pilotes ont besoin d’une solution de continuité
Un deuxième point central de la prise de position concerne les essais pilotes qui se déroulent depuis 2023 dans plusieurs villes suisses. Ils fournissent des données empiriques sur le comportement de consommation, la protection de la jeunesse, le refoulement du marché noir et les effets sanitaires de la distribution contrôlée. S’ils disparaissent sans transition ordonnée, des connaissances précieuses, des structures fonctionnelles et des investissements réalisés sont perdus, un recul pour la protection des consommateurs, la recherche et l’application de la loi à la fois.
L’IG Chanvre demande donc une solution de continuité contraignante, qui s’articule sans interruption avec les essais actuels. Sans ce lien, non seulement une lacune dans les données menace, mais aussi une perte de confiance auprès des acteurs de la science, du secteur sanitaire et de l’économie qui se sont engagés dans le modèle pilote.
Un mandat clair à la sous-commission
Du point de vue de l’IG Chanvre, l’initiative parlementaire 20.473 présente une proposition fondée sur des preuves, qui place la protection de la jeunesse et la santé publique au centre et vise à refouler le marché noir. Le processus de la sous-commission devrait selon le secteur aboutir à trois points clés concrets : des délibérations rapides avec un calendrier clair, une intégration constructive des cantons à l’application et justement cette solution de continuité contraignante pour les essais pilotes. Il est tout aussi important de s’en tenir aux objectifs fondamentaux : protection de la jeunesse, protection de la santé et lutte contre le marché noir.
« Le renvoi n’est pas un redémarrage, mais un mandat de correction. Ce qui est décisif maintenant, c’est que la régulation soit conçue pour être majoritaire, exécutable et efficace contre le marché noir. Pour cela, il faut un calendrier clair et une solution de continuité contraignante pour les essais pilotes. »
Renato Auer, membre du conseil d’administration et responsable des médias de l’IG Chanvre Suisse
Ce qu’une régulation efficace doit accomplir
Une régulation n’est efficace que si elle est pratique à l’application, qu’elle atteint réellement les consommatrices et consommateurs et qu’elle oppose au marché illégal une offre légale crédible. Le marché noir ne fournit aujourd’hui ni teneurs en principes actifs contrôlées, ni preuves de pureté, ni contrôle de l’âge. C’est précisément cette lacune que la LPC doit combler.
Le renvoi à la sous-commission décale le calendrier politique sans qu’il y ait de changement de cap substantiel. Les semaines et mois à venir montreront si la sous-commission peut mettre en œuvre rapidement les améliorations signalées ou si le processus glisse vers une pause plus longue. Pour l’industrie suisse du cannabis et les participants aux essais pilotes, il en va de la continuité de leur travail des années précédentes.
💬 En conversation
Renato Auer, IG Chanvre Suisse
Nous avons parlé avec Renato Auer, membre du conseil d’administration de l‘IG Chanvre Suisse, du renvoi de la LPC, de la suite de la feuille de route parlementaire et de la dimension économique d’une industrie du cannabis régulée. Sept questions, sept réponses concises.
Question 1, Corrections
Le Conseil fédéral voit le renvoi comme un mandat de révision de la LPC, non comme un redémarrage. Quelles corrections concrètes attend l’IG Chanvre maintenant ?
Renato : Nous partageons l’évaluation du Conseil fédéral selon laquelle le renvoi est un mandat de révision – pas un nouveau départ. Le projet de loi offre une base solide, mais doit devenir plus pratique et plus favorable à l’économie sur les points centraux. Concrètement, nous attendons que l’utilisation non médicale du cannabis soit intégralement réglementée dans la LPC et ne reste pas dans la LStup. C’est la seule façon de créer une véritable clarté et sécurité juridique pour les consommatrices et consommateurs, les autorités et les entreprises. Deuxièmement, il faut un approvisionnement géographiquement bien accessible via des boutiques spécialisées clairement régulementées – y compris la vente en ligne avec vérification d’âge fiable, comme le met en œuvre avec succès le Canada. Troisièmement, la régulation de la publicité et du parrainage doit être proportionnée. Une interdiction complète, comme actuellement envisagée, entraverait à la fois l’information et la transparence du marché et pénaliserait inutilement les petites et moyennes entreprises. Enfin, il faut une politique fiscale équilibrée qui repousse le marché noir plutôt que de le soutenir par des taxes trop élevées.
Question 2, Calendrier
En toute réalisme : quand envisagez-vous un projet révisé et quand son entrée en vigueur ?
Renato : Nous supposons qu’une proposition révisée sera disponible au plus tôt fin 2026. Il faut ensuite la délibération dans les deux chambres, l’ajustement des divergences et – très probablement – un vote référendaire. Avec un calendrier optimal, une régulation ne sera guère en vigueur avant 2029. Nous nous engageons pour un traitement rapide mais minutieux.
« Avec un calendrier optimal, une régulation ne sera guère en vigueur avant 2029. »
Renato Auer · IG Chanvre Suisse
Question 3, Solution de continuité
Les essais pilotes s’achèvent en 2027/2028. Si la régulation ne prend effet qu’en 2030+, un vide réglementaire menace. Que propose l’IG Chanvre pour cette phase de transition ?
Renato : Une solution de continuité est absolument nécessaire dès la fin des premiers essais pilotes. Nous voyons deux chemins possibles : une prolongation de l’article expérimental (LStup art. 8a) ou la création d’un régime transitoire limité dans le temps qui facilite le passage à la régulation complète. Les études le montrent clairement : les essais pilotes ne sont pas un état définitif, mais un modèle passerelle. Celui qui les laisse s’éteindre sans suite reconduira les consommatrices et consommateurs au marché noir – et détruira des connaissances précieuses. Notre proposition est de développer conjointement avec la Confédération, les cantons, la recherche et le secteur un modèle de transition cohérent, basé sur les résultats des projets pilotes.
Question 4, Dimension économique
Dans le débat politique, on parle surtout de protection de la jeunesse et de prévention. Où en est la dimension économique ? Quel potentiel l’IG Chanvre voit-elle ?
Renato : L’importance économique est massivement sous-estimée. L’ensemble du système cannabinoïde en Suisse a actuellement un volume de marché estimé à environ un milliard de francs par an. Cet argent s’écoule actuellement presque entièrement vers le marché noir et donc aux mains de réseaux criminels. Sur un marché régulé, jusqu’à 450 millions de francs par an de revenus fiscaux et sociaux sont envisageables. S’ajoutent plusieurs milliers de nouveaux emplois dans la production, la transformation, la logistique, le commerce de détail, le contrôle, la recherche et le tourisme. Simultanément, nous allégeons considérablement la police, la justice et le système de santé. La Suisse a aussi la chance de construire un site d’exportation de haute qualité, analogue à l’industrie pharmaceutique. Une régulation intelligente crée de la valeur, de l’innovation et de la sécurité. Elle n’empêche pas, elle permet.
Question 5, Marché noir
Le marché noir prospère, les récentes rafles à Berne, Soleure et Spreitenbach montrent la dimension industrielle. Comment argumentez-vous face aux politiciennes et politiciens qui misent toujours sur la LStup ?
Renato : Le marché noir est la conséquence directe d’une politique d’interdiction échouée. Les rafles à Berne (plus d’une tonne de cannabis), Soleure (19 installations intérieures) et Spreitenbach (une tonne de cannabis et des armes) montrent que les structures criminelles ont déjà repris le marché. La dernière étude Addiction Suisse du canton de Vaud (voir aussi le résumé) le prouve : le marché illégal fournit du cannabis hautement potent, souvent coupé – sans aucun contrôle de qualité, sans protection de la jeunesse, sans revenus fiscaux. Et Genève a maintenant la consommation de cannabis la plus élevée d’Europe. La LStup n’a en 50 ans ni réduit la consommation ni diminué la disponibilité – au contraire. Aujourd’hui, plus de 220 000 personnes en Suisse consomment régulièrement du cannabis. Celui qui défend le statu quo défend en fait le marché noir. Chaque mois d’hésitation du Parlement est un mois où ce marché est desservi par des structures criminelles au lieu de par des boutiques spécialisées contrôlées. Nous faisons appel à la CSSS-N (Commission de la sécurité sociale et de la santé du Conseil national) pour qu’elle prenne au sérieux les résultats des essais pilotes, la recherche internationale et l’analyse économique – et qu’elle prenne enfin ses responsabilités.
« Chaque mois d’hésitation du Parlement est un mois où ce marché est desservi par des structures criminelles au lieu de par des boutiques spécialisées contrôlées. »
Renato Auer · IG Chanvre Suisse
Question 6, Exemples internationaux
Quels exemples internationaux trouvez-vous particulièrement pertinents pour la Suisse, et lesquels plutôt comme contre-exemple ?
Renato : Nous voyons clairement le Canada comme un modèle positif. Là, le contrôle de la qualité, la protection de la jeunesse, la logique fiscale et l’ouverture du marché fonctionnent en équilibre. Dans la discussion suisse, on fait souvent référence au modèle canadien du Québec, avec un monopole de vente d’État via la Société québécoise du cannabis. L’IG Chanvre se positionne cependant clairement en faveur d’un modèle plus libéral sur le plan économique, qui place néanmoins la protection de la santé au centre. Les monopoles de vente d’État lient d’énormes ressources administratives, limitent la diversité des produits et l’innovation et ont montré dans la pratique qu’ils ne refoulaient pas le marché noir aussi efficacement qu’un modèle de boutiques spécialisées sous licence. Pour la Suisse, nous nous orientons plutôt aux provinces canadiennes avec une distribution du secteur privé sous licence, où s’est établi un réseau dense de boutiques spécialisées sous surveillance étroite. Les Cannabis Social Clubs allemands fournissent aussi des éléments utiles, notamment pour l’auto-culture non commerciale. L’Uruguay montre à l’inverse ce qui se passe quand la distribution d’État via les pharmacies est déployée trop étroitement et trop lentement : le marché noir reste dominant.
Question 7, Cantons
Quel rôle les cantons devraient-ils jouer dans la future régulation, notamment quant à l’application, la protection de la jeunesse et la répartition fiscale ?
Renato : Les cantons seront les acteurs centraux de la mise en œuvre. Ils sont responsables de l’application, des autorisations, de la surveillance et de la prévention. Pour que le fédéralisme fonctionne, ils ont besoin de directives claires au niveau fédéral – par exemple sur les critères d’autorisation, les règles publicitaires et les normes de qualité. La répartition fiscale doit être équitable et affectée à des fins spécifiques : une partie des revenus devrait bénéficier directement aux cantons et communes engagés dans l’application et le travail de prévention. La protection de la jeunesse aussi vit à l’échelon local – par les écoles, les services d’aide contre la dépendance, la police et les services de santé publique. Nous voyons donc les cantons comme des partenaires égaux dans la configuration politique. Ce n’est que si la Confédération et les cantons travaillent main dans la main qu’une régulation vraiment fonctionnelle verra le jour.
Questions fréquemment posées
Qu’est-ce que l’initiative parlementaire 20.473 ?
L’initiative a été déposée en 2020 par le conseiller national BDP de l’époque, Heinz Siegenthaler, et vise une régulation contrôlée du cannabis en Suisse. Elle a d’abord créé la base légale pour les essais pilotes en cours et se trouve maintenant comme avant-projet pour une Loi fédérale sur les produits du cannabis (LPC) sur la table.
Que signifie le renvoi à la sous-commission ?
La CSSS-N n’a pas rejeté le projet, mais l’a renvoyé pour révision en raison de nombreuses propositions de modification résultant de la consultation. La sous-commission doit améliorer spécifiquement les points critiques. Le cap du contenu vers la régulation reste donc maintenu.
Pourquoi la solution de continuité pour les essais pilotes est-elle si importante ?
Les essais pilotes dans plusieurs villes suisses produisent des données empiriques indispensables pour une loi fondée sur des preuves. S’ils disparaissent sans disposition transitoire, les données, les structures et les investissements sont perdus et devraient être laborieusement reconstruits lors de l’entrée en vigueur de la LPC.
Qui est l’IG Chanvre Suisse ?
L’IG Chanvre Suisse est l’association faîtière de l’industrie suisse du cannabis. Elle s’engage pour une régulation du cannabis en Suisse fondée sur des preuves, orientée vers la santé et viable sur le plan économique.
Comment va-t-on procéder maintenant ?
La sous-commission examine les propositions de modification et présente un projet révisé, qui retourne ensuite à la commission plénière, puis au Parlement. Le calendrier concret est ouvert. L’IG Chanvre Suisse demande à la sous-commission une procédure rapide avec des objectifs d’étape clairs.
Sollte die Schweiz die Cannabis-Regulierung jetzt beschleunigen?
Sources : Communiqué de presse IG Chanvre Suisse du 8 mai 2026 (ighanf.ch/cannabisregulierung-nachbessern-ja-verzoegern-nein), Initiative parlementaire 20.473 Siegenthaler (parlament.ch), Communiqué de séance CSSS-N du 7 mai 2026, Office fédéral de la santé publique sur les essais pilotes (bag.admin.ch). État : 8 mai 2026.






























